La Grande Histoire de l’Inde racontée dans la Mahâbhâratha

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LE MAHÂBHÂRATA (Extrait)
Textes traduits du Sanskrit et annotés par
Gilles Schaufelberger et Guy Vincent


Histoire de Sunda et Upasunda

Mahâbhârata, Livre I – 201 à 204

Sunda et Upasunda sont deux démons, deux frères, parfaitement unis. Pour conquérir « les trois mondes », ils se livrent à une grande ascèse :
Epuisés par la faim et par la soif, portant chignon et vêtement d’écorce, le corps couvert de poussière, ils se nourrissaient uniquement d’air,
Offraient leur propre chair en oblation, se tenaient debout sur un orteil, les bras en l’air, sans ciller des yeux. Longtemps, ils persévérèrent dans leurs vœux,
A tel point que les Monts Vindhya, échauffés par la puissance de leur ascèse, se mirent à fumer. Ce fut prodigieux !

Ils obtiennent ainsi une quasi immortalité ; Brahmâ accède en effet à leur requête :

« Qu’aucun être vivant dans les trois mondes, à l’exception de nous-mêmes, et qu’aucun objet inanimé ne puisent nous faire du mal. »

Et ils en profitent immédiatement pour semer la terreur parmi les dieux et les hommes. Les dieux font alors appel à Brahmâ, qui imagine un stratagème :

Il se prononça pour la destruction des deux frères, et convoqua Vishvakarman. Dès qu’il le vit, il lui donna cet ordre : « Construis une femme sensuelle et désirable » – lui dit Brahmâ.
Vishvakarman rendit gloire à Brahmâ et lui obéit. Il fabriqua avec zèle une femme extraordinaire.
Il rassembla avec soin tout ce qu’il put trouver de beau dans les trois mondes, êtres vivants ou objets inanimés.
Il fit entrer dans la fabrication de son corps mille millions de joyaux, et donna vie à cette femme de gemmes construite, belle comme une déesse.
Façonnée avec le plus grand soin par Vishvakarman, elle surpassait en beauté toutes les femmes
Il n’y avait pas un atome de son corps qui ne soit d’une beauté parfaite et le regard ne pouvait s’en déprendre.
Cette femme désirable, belle comme Shrî en personne, captivait l’oeil et l’esprit de tous les êtres.
Comme elle avait été façonnée de bijoux qu’on avait rassemblés grain à grain, Brahmâ la nomma Tilottamâ : Grain Précieux.

Et Tilottamâ, par sa seule présence, amène les deux frères à s’entre-tuer :

C’est alors que Tilottamâ parut. Elle avait endossé une tenue suggestive et cueillait des fleurs dans la forêt, à demi vêtue d’une étoffe rouge.
Elle cueillait des fruits au bord de la rivière, tout en s’approchant doucement de l’endroit où se tenaient ces deux démons.
Ils avaient bu, leurs yeux étaient rougis par l’ivresse. La vue de cette belle femme les ébranla tous deux.
Ils se levèrent de leurs sièges et s’avancèrent vers elle. Tous deux étaient fous de désir, tous deux avaient envie d’elle.
Sunda saisit la belle Tilottamâ par sa main droite, Upasunda par sa main gauche.
Ivres des dons reçus, de leur force innée, de leurs richese et de leurs trésors, ivres de boisson,
Et rendus furieux par toutes ces ivresses, aveuglés par la passion et le désir, l’oeil noir, ils se dirent l’un à l’autre :
« C’est ma femme, respecte-la ! » déclara Sunda. « C’est ma femme et ta belle-soeur ! » déclara Upasunda.
« Elle n’est pas à toi, elle est à moi ! » La colère les gagna. Tous deux, à cause d’elle, saisirent leur redoutable massue .
Ils saisirent leur massue redoutable, égarés par le désir : « C’est moi le premier, c’est moi le premier ! » et ils s’entre-tuèrent.

LE MAHÂBHÂRATA

Paru aux Presses de l’Université Laval (Québec)
Distribution en France : Sodis

Voir le site des auteurs et d’autres extraits :
http://www.utqueant.org/mbh/accueil.html

 


 

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