Une Rencontre, celle de Ravi Shankar et celle de Sri Chinmoy, lors d’un concert à Philadelphie

 

Témoignage de Nidish : Sri Chinmoy au concert de Ravi Shankar à Philadelphie

Le mardi 12 novembre 2002, à 15h, deux cars partent de Jamaïca à New York pour aller à Philadelphie assister au concert de Sitar de Ravi Shankar et de sa fille Anoushka. Ce sont les disciples de Sri Chinmoy, tous désireux d’accompagner leur Maître spirituel à cette représentation de l’expert indien dans l’utilisation  du meilleur de cet instrument traditionnel indien. Sri Chinmoy se rendait au concert en voiture.

Personnellement, j’avais déjà vu Ravi Shankar une dizaine d’années auparavant, à la Maison de la Culture d’Amiens. Beaucoup allaient le découvrir, d’autres connaissaient sa musique en CD ; c’était, quoi qu’il en soit, une grande joie pour tous d’accompagner Sri Chinmoy, et d’assister à un concert de cet ordre.
Le concert se déroule au « Kimmel Center For the Performing Arts », un lieu magnifique. Quelque soit où l’on est assis, l’on est bien placé. Sri Chinmoy est au premier rang avec Ranjana, sa fille adoptive, aussi la responsable du groupe des Badjan Singers.

Cela devait être Anoushka qui devait jouer la première partie, finalement il est annoncé que c’est lui, Ravi, qui donnera tout le concert. Sur scène arrivent quatre instrumentistes, deux joueurs de tablas et deux joueurs de tampuras ; ils se disposent en quatre coins sur la scène et forment l’espace musical. Ravi et sa fille se placent au centre de l’espace ainsi défini. Tout le monde, comme il est traditionnel en Inde, est assis par terre.

Ravi Shankar commence en solo, Anoushka joue en appoint. Ravi est un virtuose, il joue avec les notes, les cordes, les sons, les rythmes, il les vit, il les fait vibrer, et vibre avec elles, et nous avec, il les montent, les descend, les assemblent, les fait courir c’est génial… déjà. Sa fille, son élève, la virtuose, comme son père, Anoushka, reste en un contre point attentif et précis. Les tablas sont discrets. Au moment de la pose le groupe est déjà ovationné. Le public se lève pour applaudir.

Dès les premiers instants de la seconde partie, un incident se produit. Une corde de l’instrument de Ravi Shankar casse. Réparer un instrument aussi délicat prend du temps. C’est un des instrumentistes qui va s’en charger. Ravi demande aux deux tablas de réaliser une performance. La prestation va être tout simplement géniale. Ce sont eux aussi des experts de leur discipline ; il faut l’être pour accompagner un musicien de la hauteur de Ravi Shankar. Ils excellent. L’un, l’autre, l’un et l’autre, chacun son tour, puis ensemble. Ils se lancent les sons, les reprennent, se répondent, développent les réponses et se les relancent, attrapent les notes comme au vol, pour les jouer à nouveau, différemment, à hauts rythmes. Le public les acclame.

Si un jour vous avez l’occasion de lire, ou de voir un bon film indien, qui présente cette scène de la Mahabaratha où Arjuna est initié dans les cieux des rythmes des dieux, vous pourrez retrouver là ce qui s’est fait par ces deux experts indiens des tablas.

L’instrument réparé, Ravi Shankar reprend son sitar. Dignement. Il a tellement d’heures passé dans sa vie à jouer, assis par terre, avec son instrument. Cet instant s’inscrit dans la continuation des choses. Le restant du concert continuera sur le très haut niveau musical. Et rythmique. Une envolée de notes et compositions rythmiques. Un ravissement. Tour à tour tabla-sitar-sitar-tabla-tabla-sitar-sitar-sitar-tabla… se répondent, s’accompagnent, se renvoient des phrases musicales. Impression de chants d’oiseaux au printemps, de fêtes, de danse… Les morceaux de bravoure se multiplient. Ravi Shankar est sublime. Anoushka ses cheveux, attachés en queue de cheval, fouette l’air de droite à gauche suivant chacun dans son jeu musical… quand le crescendo final éclate, sur la dernière note, Anoushka éclate un magnifique rire de joie. Le public se lève. L’ovation s’élève, la fête du public. Sri Chinmoy applaudit avec de grands et doux gestes, longtemps. Les quatre musiciens viennent toucher les pieds de Ravi Shankar. Celui-ci s’incline devant le public.

Le public sort de la salle. Sri Chinmoy rejoint Ravi Shankar dans sa loge, il a entre les mains la corde cassée, il joue avec et dit quelque chose à Ravi Shankar. Nous sommes dehors, nous attendons la sortie de Sri Chinmoy du Kimmel Center. Sri Chinmoy remonte dans sa voiture. Il téléphone… Tous les disciples remontent dans les deux cars. On arrive à Parson Boulevard à 1H27. Cela valait le déplacement. Nous le savions.

© Nidish

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