Haridas Greif, compositeur occidental nous parle de la musique de Sri Chinmoy Maître indien

greifharidas.jpgHaridas Greif (1950-2000) a écrit ce texte d’importance qui suit dans le programme du concert que Sri Chinmoy a donné à Paris le 13 octobre 1984. Cette année est celle où Sri Chinmoy a commencé a donné ses premiers grands concerts dans le monde. Auparavant Sri Chinmoy offrait de petits concerts à ses proches, ou à de petits comités de personnalités et d’invités.

Nombreux sont ceux qui, aujourd’hui, demandent davantage à la musique que d’être un simple divertissement : ils veulent qu’elle les guérisse de leur « mal de vivre » en cherchant un sens plus profond à leur existence.

Nous avons l’intime conviction que la pérennité de la musique réside « ailleurs » qu’en elle-même et nous fait pencher vers des êtres qui la vivent comme un véhicule du message le plus profond de leur âme et ne se contentent point d’être véhiculés par elle.

Les moines qui furent à l’origine de l’apparition du chant grégorien étaient moines avant d’être musiciens. Sri Chinmoy est un de ces hommes qui possède la chance rarissime d’allier à la réalisation spirituelle une connaissance suffisante de la musique pour nous en transmettre le reflet fidèle. Pourtant, Sri Chinmoy n’est pas un compositeur professionnel. Ni davantage un interprète. S’il joue de plusieurs instruments -de l’esraj, son instrument de prédilection, de la flûte traversière, du violoncelle ou du clavecin-, ce n’est pas en virtuose, loin s’en faut. Il n’a appris la musique que grâce à sa propre intuition. C’est son unité avec la source qu’il l’a conduit à la musique, dans la mesure où cette source est aussi celle de la musique. Il n’a jamais conçu cette dernière autrement que comme une des expressions naturelles et jaillissantes des réalités les plus sublimes. Cela explique que sur un plan strictement analytique, sa musique se situe loin des préoccupations hautement technologiques et sophistiquées de nos contemporains. Elle est même d’une simplicité déroutante.

Cela dit, cette apparente simplicité ne doit point nous tromper. Elle est le celles qui ont déjà traversé toutes les complexités. Mais le mot « pureté » conviendrait aussi bien. La musique de Sri Chinmoy est épurée de tous les artifices d’écriture qui laissent prise aux exégètes, de toutes les sollicitations qui flattent le virtuose, en fait, de tout ce qui ne s’adresse pas directement à l’âme, en son langage.

Par là-même, elle exige plutôt que l’on se fonde en elle par le biais d’une ouverture au niveau psychique intuitif, nimbée de l’innocence de l’enfance. Et, en faisant vivre l’enfant en nous, elle s’adresse tout naturellement en priorité à lui.

Cela une fois posé, il ne faudrait pas en conclure que la musique de Sri Chinmoy vive repliée sur elle-même, en une sorte d’autarcie rêveuse, loin du monde des humains. Bien au contraire, la réalisation du maître signifiant avant tout son identification avec l’humanité souffrante et sa volonté de la soulager, sa musique adopte spontanément une trajectoire semblable. Sa diversité d’inspiration est aussi vaste que son innombrables les sentiments humains. Certaines de ses musiques sont empreintes d’une joie rythmée et débordante, d’autres d’une infinie mélancolie, où se reflète la nostalgie de l’homme devant sa condition terrestre, d’autres encore sont animées d’une violence inattendue ou une tendresse maternelle. Mais à l’écoute, ces sentiments ne transparaissent pas comme une finalité -tel cela pourrait être le cas chez des compositeurs comme Chopin ou Schumann- mais comme une identification passagère du musicien, destinée à lui faire mieux connaître les affections qu’il doit guérir.

« Haridas Greif Olivier est un pianiste et compositeur qui a laissé au monde une œuvre musicale originale, puissante, qui renouvelle la musique classique à un niveau moderne et même d’avant garde, en conservant la richesse structurale de ses prédécesseurs. Un jour, alors qu’il m’avait invité à un de ses concerts avec quelques amis, il nous a demandé après le concert autour d’une collation que nous prenions ensemble ce que nous en avions pensé.  Je lui ai répondu avec sincérité : « Avant ton concert, lors de celui qui précédait, j’étais attentif à la prestation des artistes, je suivais les instrumentistes dans leur virtuosité. Quand cela a été ton œuvre, je ne regardais plus les musiciens et leur savoir faire, j’étais la musique ; il n’y avait rien d’autre que la musique, les notes, les mouvements qui existait autour. »

Haridas était très doué, il menait les mélodies de Sri Chinmoy à des hauteurs de composition qui époustouflait tout le monde. Il avait formé un groupe international qui portait le nom de « Songs Waves » qui interprétait les chants de Sri Chinmoy arrangés par lui. Un des concerts des Song Waves à Amiens, dans une église, a été ma première rencontre avec la voie de Sri Chinmoy. Je ne connaissais ni de loin, ni de près la spiritualité, ni Sri Chinmoy, j’ai été enchanté par ce que j’ai entendu.

Je me suis rendu à ce concert, parce qu’il était gratuit et que l’église Saint Acheul se trouvait sur ma route quotidienne.  J’ai acheté alors l’une des deux seules cassettes audio qui étaient vendues. Dès lors, je n’ai écouté plus que cette cassette. Délaissant des musiques qui ne me satisfaisait pas, que j’écoutais plus par convention sociale. Je rentrais dans la voie de Sri Chinmoy qu’un an ou deux après, après d’autres rencontres forfuites aussi inattendues. »  Nidish

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