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Passages du Ramayana évoquant la construction d’un pont entre l’Inde et le Sri Lanka : le Setubandhanam, Rameswaram Island, Ramar Palam appelé de nos jours Adam’s Bridge


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À ces mots, les deux héros, Lakshmana et Sougrîva, lui répondirent, d’un commun accord, en ces termes, d’une résolution bien arrêtée : « Les Dieux puissants, Indra même à leur tête, ne pourraient conquérir Lankâ, s’ils n’avaient d’abord jeté un pont sur cette mer, séjour épouvantable de Varouna ! Suis, mon ami, cet avis, convenable ou non, de Vibhîshana : ne perdons pas de temps et que la mer soit liée d’un pont ! »

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Ouvrant donc près du noble Râma ses vastes flots, la mer se montre alors entourée de ses monstres aux gueules enflammées. Semblable au suave lapis-lazuli, portant une robe de pourpre et des guirlandes de fleurs rouges avec des parures faites d’or, la mer, accompagnée de ses ministres, s’approche de Râma, sans tarder, et, les mains réunies en coupe à ses tempes, lui adresse un discours modeste et doux. Le saluant d’abord avec son nom, elle dit : « Râma ! » ensuite, la mer vigoureuse lui tint ce langage :

« La terre, le vent, l’air, l’eau et la lumière, qui est la cinquième, se tiennent, mon ami, dans leur nature et suivent la voie éternelle qui leur fut assignée. Impérissable, j’ai reçu pour ma qualité la profondeur : être guéable serait un renversement de ma nature ; je te répète là ce qui me fut dit à l’origine des choses. Un de tes aïeux à la grande splendeur et nommé Sagara fut jadis en ces lieux mon auteur, et c’est de son nom que je suis appelée Sâgara, moi, la souveraine des rivières et des fleuves. Je ne veux pas qu’on élève un pont sur moi ; mais jette un môle dans mes eaux, Râma, et je t’y donnerai un chemin facile, par où passeront tes singes. L’origine de cette voie solide au milieu de la mer sera dès lors une merveille dans le monde ; et c’est à toi surtout qu’il sied, Râma, de me laisser à jamais ce monument de toi.

« Apprends de moi, mon ami, le moyen de traverser mon domaine. Râma, voici un singe appelé Nala : c’est le fils de Viçvakarma, qui l’a doué de ses dons ; Nala, qui trouve son plus grand plaisir à procurer ton bien même. Que ce fortuné singe, capable de grands travaux, soit préposé à la construction du môle et qu’il fasse, ô le meilleur des hommes, une jetée dans mes eaux ! Je consens à la supporter, vu l’importance de l’affaire qui amène ici ta majesté ; j’empêcherai les monstres marins de rôder au milieu de ces travaux, et Mâroute lui-même retiendra son souffle. Enfin, je rendrai mes flots immobiles, à ton ordre comme à celui de Nala. »
Quand il vit la mer tenir ce langage, Nala répondit au fils de Raghou : « Je mettrai en œuvre cette capacité, insigne faveur de mon père, et j’élèverai une vaste chaussée dans l’habitation des monstres marins : la reine des eaux a dit la vérité. 

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La mer, aussitôt qu’elle eut ouï ce langage de Nala, prit congé de Râma et rentra dans son domaine.
À l’ordre de Sougrîva, les singes de s’élancer pleins d’empressement vers le bois par centaines de mille. Là, se chargeant d’açvakarnas, de shorées, de bambous et de roseaux, de koraïyas, de pentaptères arjounas, de nauclées, de tilâs, de mulsaris, de bakapoushpas et d’autres arbres ; apportant même des cimes de montagne, les singes par centaines de mille en construisent une chaussée dans les eaux de la mer. Les uns, d’une force immense, arrachaient à l’envi des crêtes de montagnes ou des roches luisantes d’or, et venaient déposer leur faix dans la main de Nala.
Des singes pareils à des éléphants élevaient ce môle de la mer avec des monts aussi gros qu’une ville et des arbres encore tout parés de fleurs.
Le chemin s’en allait dans la mer, se dépliant sur les dix yodjanas de sa largeur, comme on voit dans la chaude saison un grand nuage se dérouler au souffle du vent.

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Ces travailleurs à la force immense, pour lier entre eux les intervalles de la jetée, couchèrent là des arbres attachés avec des arbrisseaux pullulants de sauterelles, avec des câbles de lianes et de roseaux. Les autres, par centaines de mille, chargeant d’un seul coup sur leurs épaules des sommets de montagnes, en formaient les assises du môle dans les eaux de la mer. Des singes rapides, vigoureux, secouaient impétueusement et renversaient même dans l’Océan, roi des fleuves, les arbres nés sur le rivage. C’était alors partout dans ce grand bassin des eaux un bruit confus de roches transportées et de cimes rompues.

Sougrîva lui-même, grimpant de montagne en montagne et semblable à un nuage, en faisait descendre les sommets par centaines et par milliers. Le bel Angada rompit de sa main le faîte du mont Dardoura et le fit rouler dans les flots salés comme une nuée d’où jaillissent des éclairs. Ici Maînda et Dwivida même accouraient, voiturant d’un pied hâté une grande cime, qu’ils venaient d’arracher, toute revêtue encore de sa forêt de sandal fleurie de tous les côtés.

Épouvantés du fracas, tous les quadrupèdes et les volatiles des bois, impuissants à courir ou voler, restaient nichés ou tapis dans les cimes des montagnes.
Les plus hauts Rishis, les Siddhas, les Gandharvas et les Dieux, brûlants de voir cette merveille, tous alors d’accourir là, couvrant de leur multitude la plaine éthérée. Les Rishis, les Pitris, les Nâgas, les saints rois, les Yakshas et Garouda lui-même viennent contempler ce môle jeté dans la grande mer. Et, se tenant au sein des airs, non loin de Râma, tous lui rendent leurs hommages et parlent ainsi d’une voix douce : « Quel créateur, sans excepter même Indra, secondé par les Dieux, a fait jadis ou fera jamais un ouvrage tel que celui du noble Raghouide ?
« Autant que subsistera cette mer, aussi longtemps durera, comme elle est, cette admirable jetée : et tant que la renommée dira le nom de cette mer, elle publiera en même temps le nom de Râma ! »

Accourus à la hâte dans ces lieux : « Qui a lié d’une chaussée les deux rives de cette mer ? » demandaient émerveillés les Tchâranas et les Vidyâdharas. « Celui, répondait-on, qui a lié d’une chaussée les deux rives de celle mer, c’est Râma. » Et ces mots dans un bruit confus de voix mêlées s’en allaient par les dix points de l’espace et venaient frapper les oreilles jusque sur la terre.
De peur que l’astre du jour ne brûlât, si peu même que ce fût, les singes dans leurs fatigants travaux, des nuages, nés sous la voûte des cieux, interceptaient les rayons du soleil. Indra versait la pluie et Mâroute son haleine d’une manière tout à fait propice : on vit même les arbres distillant alors un miel semblable aux nourritures accoutumées des singes.

Commencée à la rive septentrionale, la jetée se prolongeait jusqu’au rivage de Lankâ ; et, d’une admirable beauté, on la voyait diviser la mer en deux parties. Large, bien exécutée, propice, faite pour tous les êtres, elle brilla désormais au front de l’Océan comme une raie de chair, qui partage les cheveux sur le milieu de la tête.
La jetée construite, le passage des singes magnanimes par milliers de kotis exigea un mois entier.
Enfin, ayant repris haleine et s’étant reposés tous, chacun dans son armée, ces quadrumanes fameux traversèrent l’Océan sur la voie qui était née sous leurs mains. Vibhîshana, une massue au poing, se tenait avec ses quatre amis sur la rive ultérieure de la mer afin de repousser l’approche des ennemis.

Quand Râma, le Daçarathide, eut traversé la mer avec son armée, le fortuné Râvana de parler ainsi à deux de ses ministres, Çouka et Sârana : « L’armée entière des singes a franchi l’infranchissable Océan, et Râma a lié d’une chaussée, qui n’existait pas avant ce jour, les deux rives de cette mer. On n’a jamais ni vu ni ouï dire qu’un pont fût jeté sur la mer elle-même : c’est donc le Destin qui, pour nous perdre, étend son bras vers nous ! C’est Râma qui fit, Sârana, ce travail incroyable : la construction d’une telle chaussée en plein Océan trouble à cette heure mon esprit.

Le Râmâyana, Traduction de Hippolyte Fauche, 1854-1858
Tome second du poème en sanscrit de Valmiky
Texte intégral sur ce lien :

http://fr.wikisource.org/wiki/Le_Râmâyana_(trad._Fauche)

http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/deed.fr

Sur ce blog, ces titres en rapport :

- Le Ramayana est paru, traduit en français, dans une édition de luxe
- Légende ou réalité de l’Adam’s Bridge appelé aussi Pont de Rama

- Des scientifiques affirment leurs sentiments que le pont n’est pas d’origine naturelle

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