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Boris Grebenchikov : Interviews

Mercredi 14 mai 2008

Boris Grebenshikov entre le chaos et l’’harmonie
Interview pour le journal “Eva”, Vilnius, 12.05.2002


- Le terme “harmonie” est le plus souvent associé à l’’Orient. Vous êtes un visiteur permanent au Népal, en Inde. Qu’’est-ce que vous y cherchez, et trouvez-vous quelque chose d’’important? - Je cherche tout ce que je ne trouve pas à l’’Occident. Tout ce qui est, je crois, impossible à trouver à l’Occident. Je m’’intéresse à des systèmes philosophiques et religieux qui aident réellement l’homme à survivre, qui peuvent proposer des pratiques et des méthodes concrètes en vue de transformation de la personnalité et de l’environnement humain vers une forme acceptable. La philosophie occidentale, hélas, est du bavardage la plupart des fois, la chrétienté est bétonnée par une couche de dogmes à travers laquelle on n’accède plus à la vérité essentielle. Depuis ma jeunesse je lis des livres sages sur les doctrines orientales de salut et de délivrance. J’allais à l’Est pour vérifier si tout cela existe en réalité, et j’étais heureux de voir que toutes ces traditions millénaires vivent encore, qu’en Inde et au Népal on peut encore rencontrer des Maîtres qui veulent et peuvent aider ceux qui cherchent.

- Essayez-vous d’élever vos enfants dans l’esprit oriental?
- Je n’élève pas mes enfants et, que Dieu m’en garde, je ne leur inculque aucune religion. Chacun doit choisir lui-même sa façon de voir le monde, et les parents n’ont pas le droit d’imposer quoi que ce soit.

- Beaucoup de gens vont en Inde visiter Satja Saj Baba. Vous l’avez visité plus d’une fois aussi. Nos intellectuels regardent avec réprobation les saints de ce genre: une montre Rolex et des bagues ornées des pierres précieuses sont-ils une preuve nécessaire de sainteté? Vous êtes mathématicien de formation, croyez-vous aux miracles, pouvez-vous les expliquer?
- Je m’en fiche de l’’opinion des autres à tel ou tel sujet. Et quant à moi, mon avis sur Saj Baba est très positif. Mais absolument pas à cause de sa capacité à sortir une pierre précieuse de nulle part pour l’’offrir à un miséreux qui ne demande que ça. En tant que mathématicien, s’’il vous semble encore que j’en suis un, je peux l’’expliquer d’’une façon simple et logique : il y a la loi de la conservation de l’’énergie. En nous et autour de nous résident de grandes quantités de l’’énergie puissante. Nous n’’en utilisons qu’’une partie minime, alors que les gens comme Saj Baba peuvent incomparablement plus. C’’est bien pour cela que j’’aime me retrouver dans l’’espace de Saj Baba, ce qui me purifie de toute la poussière du quotidien. J’’ai l’’impression que nous avons un bon contact. Il est vrai que, quand je suis venu pour la première fois dans l’’ashram Putaparti, mon ego a un peu souffert car Saj Baba ne s’’est pas jeté sur moi comme sur un invité désiré. J’’étais dans la foule et il a passé son chemin comme si de rien n’’était. Comme tout personne normale, je voulais être singularisé parmi les autres. Mais, hélas, il se trouve que je suis comme tout le monde. D’’abord ça m’’a un peu affligé, mais après j’’ai compris que c’’était une leçon formidable pour mon orgueil.

–- Si ce n’’est pas un grand secret, quels miracles?

- Je vous en prie. Par exemple, lors du mixage de l’’album Lion de Neige à Londres, soudain je me suis senti dans une impasse et j’’ai réalisé que je ne savais pas comment continuer le travail. J’’ai tout laissé tomber et je suis parti chez Saj Baba tout en répétant dans mes pensées les questions qui se posaient / que je me posais. Mais encore une fois je n’’étais pas un de ces chanceux que Saj Baba choisit pour recevoir en personne. Apparemment, même cette fois-ci mes problèmes n’’étaient pas si graves, les autres en avaient des plus sérieux. Mais déjà la première nuit, j’e me suis vu dans un rêve, parler pendant des heures avec Keith Richards des Rolling Stones. Sans me souvenir des questions que je lui posais, je me suis réveillé en connaissant toutes les réponses. Ce que je devais faire était désormais absolument clair pour moi.

- Vous fumez sans arrêt. Aucun de vos tuteurs ne vous a jamais dit que c’’est une habitude nuisible ? Les Lamas tibétains ne vous ont-ils jamais prévenu que la fumée du tabac bouche tous les fins canaux du corps, faisant qu’’au moment de la mort la conscience risque de sortir par le mauvais endroit ?
- Ils me l’’ont dit, ils me l’’ont expliqué, ils m’’ont terrifié. J’’ai tout entendu, tout. Oui, coupable que je suis ! Oui, fumer – c’’est une habitude dégoûtante qui me tue carrément. Je m’’approche de plus en plus du moment où j’’arrêterai de fumer, mais j’ai bien peur de piaffer sans avancer. Les Lamas tibétains m’’ont tout expliqué, ils m’’ont prévenu, ils m’’ont terrifié… Je fais même des exercices spécialement destinés à se débarrasser du tabac – pour éviter de tout boucher, comme vous dites.

- Dans un de vos morceaux célèbres vous parlez d’’un yogi qui va au cimetière pour s’’adonner à la pratique du Tchod, qui coupe des attaches. Lesquelles de vos attaches, vous, personnellement, vous souhaitez couper et déraciner ?

- Je voudrais les couper absolument toutes jusqu’à la dernière. Et quant à la pratique du Tchod, même elle n’’aide pas à couper la respiration, la circulation de sang et l’’amour pour l’’art. Toutes les autres attaches peuvent être coupées, bien sûr. Et si c’’est possible, c’’est ce qu’’il faut faire.

- Vous avez beaucoup de masques ?

- Pas un seul. C’’est de la perte du temps que de se créer un masque, pour le porter et l’arracher en fin de compte. On peut s’’amuser à faire ça quand on n’’a vraiment rien à faire. Pour moi, il y a des choses plus intéressantes.

Interview: Jurga Ivanaouskaïté
Traduction du texte: Mikael Kazanski

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Quand et comment avez-vous découvert le bouddhisme?
- J’ai beaucoup lu sur zen-bouddhisme encore au milieu des années 70, mais ce n’est qu’en 1993 que je suis tombé amoureux du bouddhisme du Tibet sous l’influence d’un livre de Ole Nidal “La découverte du chemin de diamants”. Immédiatement, j’ai visité Kathmandou, et plus tard j’ai continué à puiser les renseignements à la source – des vrais lamas.

Quel chemin est-il plus long – celui de Jésus Christ de Gautama ou celui du retour?
- Il n’y a que le chemin de nous vers eux, et il n’y a pas de chemin de l’un à l’autre. Plusieurs sentiers mènent vers le sommet de la montagne, mais tous mènent au même endroit.

Est-ce que le deuxième avènement du Christ est pour bientôt? L’attendez-vous dans cette vie?
- Le Christ n’est jamais parti.

Est-ce que vous observez le jeûne régulièrement?
- Le jeûne est une affaire personnelle de chacun. Donc, c’est mon affaire personnelle. No comment.
Pourriez-vous partager avec nous, ne serait ce que vos impressions de la doctrine de Osho?
- Osho me ravi bien souvent. Ca vaut le coup de prendre en considération ce qu’il dit – et ça reste valable pour n’importe quelle pratique. Mais le fait est que l’exotisme de toute doctrine se trouve sur sa surface. Et dans le fond, la valeur de toute vraie doctrine est dans sa pratique actuelle par un individu donné. Ce n’est qu’ainsi que la doctrine apporte ces fruits, et c’est pour cette raison qu’elle ne contient pas de dogmes figés.

Quel est votre opinion sur la doctrine des soufies?
- Le livre de Hazrat Inayat Khan est même inclus dans la liste des livres préférés affichées sur ce site Internet. J’éprouve beaucoup de respect par rapports au soufies.

Parlez, s’il vous plaît, de votre opinion sur les livres de J.R.R.Tolkien. Comment vous ont-ils influencé?
- J’ai lu “Le Seigneur des Anneaux” de J.R.R.Tolkien à peu près en 1978. Son influence sur moi était radicale. Je l’ai relu 14 fois. Beaucoup de temps est passé depuis, mais je continue à considérer Tolkien comme l’un des auteurs les plus important du 20e siècle.

Avez-vous une propriété préférée? Qu’est-ce que c’est exactement?
- Les êtres ne possèdent rien, donc ne peuvent pas avoir de “propriété préférée”. Et nous, les hommes, sommes pareils. C’est absurde de penser que les choses – vêtements, voiture ou maison – les objets avec lesquels nous rentrons en relation, sont notre propriété. Nous pouvons nous attacher aux objets, mais cela ne parlera que de notre stupidité. L’argent? Ce n’est que l’équivalent de l’énergie qui nous est propre à une étape donnée. Nous ne sommes même pas les maîtres de notre corps: nos maladies, vieillissement, réflexes inconditionnels et en général – le comportement “involontaire” du corps le prouvent clairement. Notre corps ne dépend pas de nos envies – de quelle maîtrise ou possession pourrait-il s’agir? Même la plupart de nos envies – ne sont pas les nôtres mais ceux de notre corps, génétiquement déterminés etc. La seule chose qui est de nous dans cette vie – c’est notre attitude par rapport aux événements, notre goût, et notre esthétique. Mais ce n’est pas notre “propriété”, plutôt notre caractéristique. Donc, réjouissons-nous, car nous sommes libres des liens de la propriété. Il n’y a rien qui pourrait nous emprisonner.

Quelle est votre attitude envers la drogue?
- Tout d’abord, il faut dire que la drogue ne fait qu’inhiber ou activer une partie quelconque de notre PROPRE cerveau. En conséquence, toute expérience qu’on peut avoir SOUS L’EFFET de la drogue, on pourrait aussi bien l’avoir SANS la drogue. Toutes les drogues sont nocives à un degré différent, parce qu’elles créent une surcharge de l’une ou de l’autre partie du cerveau. Mais la nocivité de certaines drogues (dites “légères”) se manifeste par la dépression qui suit leur prise, tandis que, par exemple, l’héroïne modifie la composition chimique du sang et provoque la dépendance qui mène aux résultats pitoyables dans 100% des cas.

Il paraît que dès le début vous avez toujours choisi de faire ce qui vous apporte du plaisir ou, du moins, ce qui n’entre pas en contradiction avec votre nature. Est-ce que ça a demandé des sacrifices pénibles? Et est-ce que chacun pourrait faire ce choix?
Chacun est capable de le faire, et il n’y a pas de quoi faire des sacrifices. C’est un parcours progressif du refus des choses, des liaisons etc. qui sont inutiles ou n’apportent pas de plaisir. C’est comme si on séchait des évènements inutiles (et comme nous nous rappelons tous de l’époque de l’école, sécher – c’est quelque chose d’agréable). Et si on regarde de près, 90% des évènements qui se passent autour de nous, ne nous donnent rien et ne représentent pour nous aucun intérêt. Si on commence à manquer ces évènements, peu à peu il ne restera que ce pour quoi on éprouve le plaisir.

En quoi la vie a du sens et qu’est-ce que c’est que le bonheur?
Pour moi, le bonheur est ressenti comme la liberté du poids du “Moi”, la lumière et de la joie directe et infinie. Le sentiment du bonheur est possible dans les situations même les plus ordinaires de la vie. On n’arrête pas “d’Être” soi-même, on ne perd pas ses sensations propres, mais tout ça n’est plus accompagné d’égoïsme. Le sens de la vie est d’arriver à une telle liberté et à se l’approprier. Les personnes expérimentées disent que ce n’est possible qu’après avoir adopté une attitude positive envers les autres hommes et les êtres vivants. Que ce n’est qu’après la prise de conscience de la corrélation entre tous les êtres vivants qu’on commence à traiter les autres comme on traiterait soi-même et qu’on arrive progressivement à la liberté (“Tu dois aimer ton prochain comme toi-même”).

traducteur: Andreï Makarévitch
(Source : Russie.TV)

Page réalisée à partir d’interview intégralement parues sur :

http://www.aquarium-web.com/fr/publikat/sekret.htm

Interview de Boris Grebenshikov Purushottama

Dimanche 6 avril 2008

Nadège Kojevnikova, NEVSKOE VREMIA : Comment devenir star ?
Boris Grebenchikov, maître du rock soviétique, répond à cette question dans une interview exclusive. On peut se confier à l’opinion de cette star, et nous ne doutons pas que Boris Grebenshikov en est une. Le leader d’Aquarium a passé les épreuves de la clandestinité et des stades, des caprices du public et de l’industrie du spectacle, dans son pays comme à l’étranger. Il reste l’épreuve par le temps qui passe vite : le public de Grebenshikov consiste déjà de trois générations d’auditeurs. Et le leader d’Aquarium est atteint par la gloire, dont BG disait qu’elle “vient seulement quand l’homme laisse derrière lui tout ce qui est superficiel”. Mais Boris Grebenchikov dit que cela a été précédé par de nombreuses erreurs et tentations…

default.jpgTentation 1 : “Chacun peut devenir célèbre”

- C’est facile de me dépasser en célébrité ! Pour se faire, il faut :
a) s’habiller bizarrement ;
b) se comporter bizarrement ;
c) donner des interviews criardes ;
d) commettre des actes malsains et antisociaux…
C’est tout! Dans six mois – une gloire nationale!

- Vous-même avez-vous suivi ces prescriptions au début de votre carrière?
- Non, à l’époque, il suffisait de rester soi-même pour acquérir une gloire d’un Robin des Bois et être intensément poursuivi.

- Alors, vous n’avez pas eu besoin des “interviews criardes” pour arriver au succès?
- De même qu’on dit que “un poète en Russie est plus qu’un poète”, nous sommes ici quelque chose de plus que des musiciens. Les gens ont besoin de nous. Et j’ai mes propres hypothèses pourquoi… C’est simple: de toute l’histoire d’Aquarium, nous n’avons rien fait exprès afin de “plaire”. Si nous chantons, nos chansons ne sont pas écrites à la commande d’un monsieur avec son portable au quatrième rang ou d’un conseil artistique. Le plus important pour moi est ma propre intuition: elle me montre ce qui doit être chanté aujourd’hui. Et je pense que le secret de la grande popularité d’Aquarium réside dans notre fidélité à nous-mêmes, à notre boussole intérieure.

- Dans un de ses interviews, David Bowie parlait du sentiment de “tenir le public sur la main”. Avez-vous ce sentiment, surtout devant les auditeurs de 15 à 18 ans ?
- Quelquefois, il m’est arrivé de ressentir quelque chose comme ça, et c’étaient des moments de grand piège. Se considérer vedette est un syndrome très dangereux. Il faut réaliser que tu n’es qu’un transmetteur. Oui, tu transmets le courant ! Mais tu n’es que le fil électrique, pas la source. Quand, en 1989, tout un stade de jeunes se levait et dansait sous nos chansons, avec des bougies dans les mains, j’ai dû vivre quelques instants catastrophiques où je me sentais célèbre. Il y en a beaucoup qui sont tombés dans ce piège. Mais si l’on se voit comme un “travailleur”, et pas comme une vedette, on y puise beaucoup plus de plaisir, et ça dure plus longtemps.

Interview intégrales parues sur :

http://www.aquarium-web.com/fr/publikat/sekret.htm